
Aujourd’hui : un jars.
J’avoue que c’est difficile, mais comme j’ai une classe d’un assez bon niveau, c’est plutôt une bonne journée. Je vais enfin me distraire.
Une petite mignone lève le doigt… Je tends l’oreille pour entendre son murmure.
- “Eh ben un jars, c’est comme un jardin, mais c’est pas un jardin, en vrai, c’est un petit jardin, coupé en deux.
- Oui, renchérit sa copine, c’est un jardin sans herbe.”
Gasp, ça craint son jardin!
- “Non, non, un jars c’est pas un jardin, c’est un parc.
- Mais non, c’est comme un lac, en boue, pas profond.”
Une mare?
J’ajoute un indice : c’est un animal.
- “C’est un taureau.”
Mais pourquoi un taureau?
- ” Non, c’est l’autre, un autre animal mais avec des cornes pour se battre avec le taureau.
- Oui, c’est même le bébé du lion! “
Mais où vont-ils chercher tout ça?
J’ajoute un indice : ce n’est pas un animal avec des poils, et ce n’est pas très gros.
- “Moi, je sais, dit celui qui disait que c’était une sorte de mare boueuse, c’est un poisson avec des écailles pointues sur le dos.”
Décidément, il aime l’eau.
J’ai fini par leur dire que le jars était le mâle de l’oie, comme le cochon était le mâle de la truie, le coq de la poule…
et un élève me demande :
- “Mais, maîkresse, un cochon et un porc, c’est pareil?”
Heu… collée. Je vais chercher.

La maîkresse aime les petites erreurs des élèves…
parfois elles sont maintenues par les familles, et c’est vrai que c’est plutôt amusant!
L’autre jour, un élève arrive super fier.
- Maîkresse, regarde, j’ai des nouvelles chaussures! C’est des “conserve“!!

Dicton nul :
Lundi, en classe, élève qui vomit,
Mercredi, jeudi, maîkresse au fond du lit!
(et je vous passe les détails!!).
Vivement que je retrouve mes élèves en pleine forme…

La maîkresse n’aime pas cette rentrée!!
Ce matin, rentrée des vacances d’hiver. C’est toujours une rentrée bof bof parce que les enfants sont fatigués, en général, autant qu’avant les vacances. Ils sont allés de famille en famille, de repas en repas… En plus, le froid polaire des derniers jours n’a rien arrangé. Ils n’ont pas mis le nez au vent.
Côté positif, je vais avoir chaud. Un petit problème de chaudière. Il fait 4 degrés depuis deux jours à la maison.
Bref, ce matin, ils sont tous là, le sourire aux lèvres (moi aussi, ils sont mignons avec leur petit nez rouge…).
Arrivée en classe, je commence à déchanter. Ils ont oublié qu’on ne peut pas hurler sans cesse, ni parler tout le temps. Dure réalité pour moi, pour eux. Il va falloir réapprendre à attendre son tour de parole. A s’écouter les uns les autres. Et réapprendre que la maîkresse n’a pas besoin de lever le doigt pour prendre la parole.
Règle numéro 1 de la classe : “Lorsque la maîkresse prend la parole, je me tais et je l’écoute.”
Je me rends compte, aussi, que les petits nez rouges se sont transformés en fontaines reniflantes. Et comme ils n’ont jamais de mouchoirs, je sors mon rouleau de papier toilette de mon sac de maîkresse. Système D.
La première journée, après une rentrée, à l’avantage de passer vite, en général.
Mais là, c’est la pire journée depuis quelques années. Une petite élève a vomi sur sa table, des litres et des litres… Gasp, ça contient tout ça un bidon?
Alerte générale, je fais évacuer la salle. La vision et l’odeur sont insoutenables (pour moi en tout cas!!).
Que faire?
Quand il y a un blessé, du sang, du vomi… bref, tout ça, je me dis toujours que je ne suis pas faite pour ce métier. Je ne suis pas infirmière, docteur, dentiste, aide soignante…
Ma collègue, alertée par le bruit des élèves dans le couloir, sort le nez par la porte de sa classe.
Et la courageuse est allée s’occuper de ma pauvre élève, de sa table… jusqu’à ce qu’on trouve la femme de ménage de l’école. Ouf!
Pendant ce temps, j’essaie de calmer mes élèves que ça amuse beaucoup cette situation.
- Mais y’a du vomi sur ma feuille!!
- Je peux aller voir??
- Et c’est quoi dedans, c’était de la galette??
Je vais finir par les envoyer nettoyer… Ils ont le nez bouché ou quoi??
Du coup, on a fait du sport sous un début de flocons de neige. Histoire de s’aérer les trous de nez.
Ma pauvre malade (toujours malade, une bonne gastro) a été confiée à la personne qui s’occupe de la bibliothèque, puis à la garderie. Longue journée pour elle…
Pas drôle cette rentrée!!

Chaque année, je poursuis mon enquête auprès des CP, pour savoir, enfin, qui est le Père Noël.
Je pose des questions, ou bien je reprends celles qu’ils se posent, et je me garde bien de répondre, bien sûr!
Question 1 : Est-ce que le Père Noël passe pour tout le monde?
- Non, y passe voir que les enfants qui s’ont été sages en décembre.
- Non, non, y passe voir tout le monde, mais y donne moins de cadeaux aux pas sages.
- Y passe aussi voir les adultes, avec du parfum ou des chaussures comme cadeaux.
- Y passe pas voir les gens pauvres pas’qu’y s’ont pas d’habits et pas d’maison, alors, y passe pas…
- Mais c’est pas juste! C’est pas vrai, y passe partout!!
- Mais pas à l’école, parce qu’à l’école, y’a personne qui y’habite, hein, maîkresse?
Personne n’a parlé du Père Fouettard, tout se perd…
Question 2 : Faites-vous des cadeaux au Père Noël?
- Nous, on lui met du lait et de la brioche.
- Moi, je lui fais un dessin avec des coeurs.
- Moi, je lui prépare un festin : des gâteaux, des bonbons, des toasts, du lait!
Personne ne lui offre un nouvel habit ou des kilomètres de papier cadeau??
Question 3 : Comment le Père Noël fait-il pour rentrer dans les maisons sans cheminée?
- Ben, par le ciel, par la fenêtre du haut.
- En soulevant le toit…
- Par la porte, on la laisse ouverte.
- Oui, oui, même parfois, il fait “toc toc”, l’année dernière, il a fait “toc toc”!!
- Mon papa, il laisse la fenêtre un peu ouverte, mais il faut faire attention aux voleurs de gâteaux!!
Faut s’méfier de tout!!
Question 4 : Comment le Père Noël fait-il pour n’oublier aucune maison et pour avoir le temps de passer partout?
- Ben, c’est la nuit la plus longue de l’année, alors, il a le temps! Mais il va vite, aussi.
- Il raye sur la liste, au fur et à mesure, pour oublier personne. Enfin, c’est la liste des enfants sages et pas sages.
- Mais non, c’est la liste des commandes. Pour savoir!
- Y’s’perd jamais, il est doué!
- Il a un traîneau, ça va bien vite.
- Et les lutins, y jettent les cadeaux par-dessus le bord du traîneau, paf, dans la cheminée. Après, c’est les parents qui rangent bien les cadeaux.
- P’t'être, papa, il a dit, il a un GPS…
Ha ben oui, je me disais aussi, …
Question 5 : Pourquoi y-a-t-il parfois des différences entre la commande et la livraison?
- Ben c’est normal, il a pas tout.
- Ben oui, si tout le monde commande la même chose, il a pas prévu, hein…
- Y regarde ta liste, y sait si tu as été sage beaucoup, ou un petit peu. Et il enlève des cadeaux de la liste!
- Mais non, mais c’est normal parce qu’on écrit mal alors y comprend pas tout!!
- Oui, et puis y donne pas les commandes qui sont des trucs dangereux.
Ha bon? Pas de couteau pointu, de poison et de balles rebondissantes au pied du sapin?
Question 6 : Le Père Noël travaille dur la nuit de Noël, mais que fait-il le reste de l’année?
- Ben, y s’repose, c’est normal, hein…
- Non, il répond aux emails.
- Oui, mais après il se repose, parce qu’il est vieux quand même. Il a au moins 100 ans, alors, y’s’repose!!
- Et pis en décembre, il fabrique les cadeaux, il lit les commandes, il travaille beaucoup en décembre. Y mérite bien de se reposer après!
Sacrée planque tout de même, ce boulot de Père Noël!
Question 7 : Pourquoi le Père Noël vient-il, sans se cacher, aux arbres de Noël, et en avance, en plus!!
- Pour gagner du temps, pour être sûr de ne pas oublier un enfant.
- Mais non, c’est pas lui, c’est les lutins déguisés, au début. Le vrai, on le voit pas.
- Ben, non, hein, moi, j’ai une photo de lui!
- Ben oui mais c’est pas toujours le même alors, hein, tu vois bien que c’est pas lui. Et pis lui, y s’repose avant Noël!
Et pourquoi les enfants des maîkresses, y s’ont pas d’arbre de Noël, eux?
Je n’ai pas demandé pourquoi il y avait des peaux de Père Noël accrochées aux toits,
je n’ai pas demandé si le Père Noël passait depuis longtemps (bien longtemps avant la fabrication du Coca-C***) et si leurs grands-parents avaient eu le même Père Noël,
je n’ai pas demandé pourquoi il y avait tant de cadeaux au moment de Noël, dans les magasins (mais j’avais eu une réponse l’an passé : il y a bien des anniversaires en décembre!),
je n’ai pas demandé si le Père Noël passait ailleurs qu’en France et s’il parlait toutes les langues,
je n’ai pas demandé s’il gagnait des sous, s’il mangeait comme nous,
je n’ai pas demandé s’il a le droit de partir en retraite,
je n’ai pas demandé s’il connaissait la petite souris,
et je n’ai pas demandé où habitait le Père Noël, s’il avait une femme et des enfants…

Aujourd’hui…
Le cuir
- C’est quand y’a maman qui fait cuire les trucs qui transpirent, ça cuire…
Gasp, mais que mange cet enfant??
- Non, non, ça c’est le verbe cuire. Nous cherchons à définir “LE cuir”…
- Ben c’est fastoche, hé, c’est d’la ferraille! C’est pour construire les trucs des vacances.
Il y a toujours des explications obscures… m’fin, là, j’ai trouvé une partie, il confond avec le cuivre.
- Meuh, non, c’est une ‘rosse bête!!! Avec des poils, des poils durs… Comme un ours, tu vois.
Ben non, là, justement, je ne vois pas! Un grizzli?
- N’importe quoi, un cuir, c’est une brosse pour brosser les animaux.
- Mais non, le cuir, c’est comme le ballon qu’on n’a pas le droit d’apporter à l’école.
Ha! Enfin quelqu’un de censé.
- C’est du plastique tout dur, le cuir.
- Non, ce n’est pas du plastique, c’est une autre matière. On l’a vu, vos habits sont en coton, (la plante), en laine (du poil de mouton) ou en plastique… mais là, ce n’est rien de tout ça, c’est une autre matière..
- C’est du plastique avec du vent dedans…
- Non, le cuir, ça vient de…, ça vient du….
- De Marseille!!
Après, j’ai fini par leur expliquer que l’homme était très organisé. Qu’après avoir bu le lait de la vache et après avoir mangé sa viande, il se servait de la peau pour fabriquer des choses. (Quoi? C’est un peu écourté comme explication??)
- Alors la directrice, elle a de la peau de vache en pantalon!!

C’est enfin le retour du mot du jour, qui croustille.
Aujourd’hui : le gui.
- “Alors, alors, qui veut expliquer ce que c’est que le gui?
- Moi, moi, je sais… ” (phrase favorite des élèves de cette année…). “Un gui c’est un truc bizarre, comme ça, qu’est pas beau.” Et l’élève se lève et se tortille.
J’aime bien savoir avec quoi ils confondent… Caserne/caverne, attention/addition… mais alors là…
A force d’explication, je fais la supposition qu’il parle de la maladie de la danse de Saint Gui.(autrement appelée Chorée, comme chorégraphie, et là, les élèves, ça les laisse perplexes!)
- “Non, non, ce n’est pas une danse, ni une maladie.
- C’est une rrrosse bête qui rrrimpe aux arbres et qui rrrreuse des trous dans la terre.”
Pouh lala, qu’est-ce qu’il me dit, lui?? Avec quelle drôle de bête il confond… Là, je ne vois pas. Les étudiants au fond de la classe non plus, et ils sont plutôt amusés de la tournure que ça prend…
-” Non, ce n’est pas une bête, ce n’est pas un animal.
- Un gui, c’est une fête.
- Oui, il y a des fêtes, chaque jour pour les saints, saint Sylvestre, Saint Guy… mais là, non, c’est “le gui”.
- Ha oui, un gui, c’est un monsieur qui s’appelle Guy.
- Non, non, non. Ce n’est pas une maladie, pas une danse, pas un animal, pas un homme…
- C’est une voiture!
- Ben non plus! Ce n’est pas un objet!
- Mais si, c’est un truc en fer au bout des vélos”. (après plusieurs explications verbales et gestuelles, je comprends qu’il s’agit du guidon…)(On en profite pour expliquer que le guidon des voitures s’appelle un volant…)
Après, je donne enfin la solution.
Grosse rigolade lorsque j’explique que la tradition veut qu’on s’embrasse sous le gui à la nouvelle année, et grosse inquiétude lorsque j’explique que c’est un parasite qui s’accroche aux arbres. Je vais les traumatiser…