de quand la maîkresse, c’était l’autre.
Quelques souvenirs de l’école maternelle, très peu.
Dans une école de la campagne profonde, en quasi classe unique (toute la maternelle, CP, CE1 d’un côté, le reste dans l’autre classe.)
On ne s’occupait pas trop de nous, on nous laissait vivre.
Et je m’ennuyais sévèrement.
Je me souviens que je me faisais chasser des tables des “grands” qui avaient l’air de faire des choses intéressantes ( découper, coller, tracer des traits, écrire dans des cahiers…).
Je me souviens que je passais mon temps entre le coin dînette odeur urine, le coin coiffeuse sans client mais avec sa bouteille de laque vide, et la table de dessin aux vieux feutres secs. J’ai eu ma période “jumeaux”, je n’arrêtais pas d’en dessiner, puis je comparais avec mon voisin qui ne faisait que de vulgaires gribouillages, même pas des bonhommes tétard! (en fait, il devait avoir 2 ans, et moi 5!).
Je me souviens avec bonheur des longues récréations, où mon imagination débordait. Les vieux pneus plein la cour. Les échasses multicolores qui faisaient ploc ploc…Et le bac à sable où je mangeais du blanc de poulet délicieux.
En fait, j’ai réalisé beaucoup plus tard que je mangeais du vieux bois plein de sable! P’t'être mieux que le poulet aux hormones!
Je me souviens avec horreur de la sieste des “petits”, et malgré mes 5 ans, j’étais dans cette catégorie. Il fallait bien travailler avec les grands CP-CE… Sieste obligatoire, mais moi, je ne dormais jamais, ni là, ni à la maison. Après d’intenses négociations (à moins que ce ne soient d’horribles crises de larmes et l’intervention maternelle), je crois bien que j’ai eu le droit d’avoir un livre, ou même de me lever pour continuer ma longue attente au fond de la classe, sur le tapis poilu.
Enfin, je me souviens que dans mon village, il y avait une famille de pauvres (on n’était pas très très fortunés chez moi, alors, j’imagine même pas ce que ça devait être chez eux…). Un jour, nous sommes partis en voyage scolaire en bus (une véritable expédition, une sortie du village!!). Et les enfants pauvres ont vomi! Alors là, j’étais scotchée!
“Ben, c’est pas des vrais pauvres alors!”
Ben oui, logique :
pauvre = mange pas = vomit pas
Bref… peu de souvenirs et rien de très intéressant!
Je me demande toujours pourquoi j’ai fait ce métier!
Et mon arrivée à la “grande ville” en CP, à l’autre bout de la France a été un choc… (à suivre)

de quand elle était petite et que la maîkresse, c’était l’autre.
Me couchant tard, j’ai longtemps été patraque le matin.
Une année, ça s’est accentué. En CE2 ou CM1… je ne sais plus.
Tous les matins, peu de temps après le début de la classe, j’avais une envie terrible de vomir.
C’était devenu systématique, tant et si bien, que le maître avait déplacé mon bureau à côté de la porte qui donnait sur la cour, pour que je puisse filer aux toilettes (dont je garde un souvenir impérissable : toilettes “à la turc”, très pratique pour vomir!!) sans demander. Après, ça allait mieux et la journée suivait son chemin…
Consultation de médecins. Essais multiples de petit-déjeuner. Avec ou sans lait. Avec ou sans fruit. Avec ou sans céréales.Avec ou sans petit-déjeuner.
Rien ne changeait.
Phobie scolaire? On n’en parlait pas à l’époque.
Peur du maître? Ben, non, j’aimais bien son crâne d’oeuf et son chien basset qui se promenait au milieu de la classe…
L’année suivante, ça allait mieux.
Maintenant que je suis adulte, j’ai enfin compris. En fait, je suis malade dans les transports en commun. Rien que le mot “bus” me file la nausée.
L’année “vomi”, j’étais dans une petite école en regroupement pédagogique avec le village d’en face, et la voiture + le bus, c’était trop!
En devenant maîkresse, je n’avais pas réalisé qu’il me faudrait prendre le bus…
Les sorties piscine sont un calvaire. Le bus est surchauffé, il y a de la buée, on n’y voit rien. Quand j’arrive à la piscine, je suis toute barbouillée et faire ma séance est parfois difficile…
Les sorties plus longues sont atroces. J’en fais un minimum… (ben quoi, on n’est pas un centre de loisirs…) Surtout quand les élèves commencent à verdir de trop de bus, de trop de bonbons…

des séances de sport de quand elle était petite.
Je suppose que, déjà, il y avait une programmation annuelle de pratiques sportives riches et variées.
Mais chaque enseignant ne nous faisait faire que les deux ou trois jeux qu’il connaissait.
En CP, jeux traditionnels, sympa. Une maîkresse.
Le facteur qui ne passe toujours pas, des petits-pois dans les yeux… j’ai pas très bien compris l’histoire. Et le fermier qui bat sa femme, qui bat le beurre… Etrange….
En CE1, mes premières séances de natation scolaire. Une maîkresse.
De natation, tout-court d’ailleurs. Elevée par une mère qui nage 1 mètre au-dessus de l’eau sans se mouiller le cou, j’étais pas très rassurée. Des maîkresses absentes, au loin. Une classe de CE1 en file indienne, tous mouillés. Envie de faire pipi mais la terreur de la célèbre tache bleue qui vous suit dans la piscine…Un maître-nageur qui nous poussait du haut du plot (situé à environ 14 mètres au-dessus du bassin profond de 123 mètres).(c’est un souvenir, ça déforme).
Saut (chute?) dans le vide, contact bruyant, glou glou, machine à laver. Encore du bruit… mais c’est par où la sortie? C’est par où la surface? BING, perche sur la tête. “Mais attrape la percheuuuuuuuuuuuuuuuuuuuux!”.
En cours d’année, j’ai déménagé à la campagne, plus de piscine. J’ai appris toute seule dans une piscine de voisins. Ben, je surnage…
En CE2, les interminables séances de ballon-prisonnier avec un tout petit ballon en cuir super dur, que je prenais sur le nez. Un maîkre.
D’où d’interminables séances de saignement de nez (voir “la maîkresse se souvient…(1)”). Les jours meilleurs, je les prenais dans le dos (quand j’esquivais!). Je n’ai jamais su rattraper un ballon. J’ai toujours eu plein de bleus partout…
En CM1 : un maîkre? Une maîkresse? Je suis allée en CM1??
En CM2 : aucun souvenir. Récré prolongée? Une maîkresse.
Moi aussi j’ai mes séances favorites.
En tout cas, je fais toujours attention à ceux qui ont peur (peur du ballon, peur de tomber, peur du vide, peur de la honte, peur de perdre, peur du loup…), parce que ça me fait toujours autant mal au bide quand je vois leur angoisse (eh oui, docteur…).

de quand elle était petite et que la maîkresse, c’était l’autre (bis).
Beaucoup d’injustices.
Un jour, en cm2, avec ma copine, nous avons été punies pour avoir fumé dans les toilettes. Grosse honte, grosse punition, humiliation en public, et tout le tralala…
Sauf que le soi-disant jour où j’avais été prise à fumer avec ma copine, j’étais absente.
Absente une semaine parce que j’étais partie avec ma mère en classe verte avec sa propre classe. Héhé…
Comme j’étais toujours fourrée avec la même copine, la fautive ne pouvait être que moi! Sauf que cette fois-ci, c’était une pouffiasse lèche-botte, la première de la classe, qui avait fait sa délinquante.
Ma mère a du secouer ma maîkresse (acariâtre et communiste, d’après mes souvenirs).
Nulle excuse. Et cette pouffe, non punie.
Le doute planant sévèrement : elle ne pouvait pas être la deuxième fumeuse, cette élève modèle! Cette grougniasse, représentante, aux yeux du monde scolaire, de la vertu, ne s’était pas dénoncée.
J’ai du régler mes comptes à la récréation, en lui criblant les tibias de coups de pied (mais mes babies molles aux semelles crêpes contre ses bottines ne valaient pas lourd). Je me suis rattrapée en lui tirant à pleines poignées ses longs cheveux moches.
Je pense que nous avons été punies.
Maintenant, je fais toujours gaffe aux jugements hâtifs. Aux sanctions rapides. Je mène toujours l’enquête…

de quand elle était petite et que la maîkresse, c’était l’autre.
J’ai peu de souvenirs du temps de classe qui m’a appris des choses. Je garde en mémoire les événements négatifs (les injustices, le mal être), et les événements exceptionnels. Parfois, des faits anodins. De ce que j’en garde, je me demande bien pourquoi j’ai eu envie de devenir une maîkresse!
Je me souviens du silence qui régnait dans ma classe de CP et du (trop) grand respect que nous avions de l’adulte.
La maîkresse nous faisait faire des exercices de lecture, en arpentant les allées de la classe, son gilet sur les épaules, suivie par sa tortue et son lapin nain. Ou bien elle tricotait, assise à son bureau, placé entre nos rangées de tables et le tableau, un peu sur le côté. Ou encore, elle parlait dans le couloir avec d’autres maîkresses.
Un jour, pendant la lecture oralisée, un petit bonheur est arrivé sur ma table : une coccinelle.
Cette petite bête est venue me sortir de mon ennui profond, je l’ai observée se déplacer sur les lignes du manuel et mes doigts (pa-pa ta-pe le chat. sa-le chat!). Et je ne sais pas pourquoi, après la lecture, j’ai raconté ce petit bonheur à ma maîkresse. Et je me suis faite disputée.
Dans cette même classe, même silence, activité autre. Calligraphie dans le cahier du jour.
Grand respect de cet outil dans lequel il fallait écrire lentement avec le plus grand soin, pendant que la maîkresse discutait avec sa voisine de classe dans le couloir. Tout à coup, de larges gouttes rouges sont venues s’écraser sur mon cahier. Je saignais beaucoup du nez à cette époque, largement, et longtemps. Sauf que d’habitude, c’était chez moi. Que faire? Angoisse d’avoir sali mon cahier. Je me lève fébrile, et va voir ma maîkresse. Et comme une pauvre chose, j’attends, dans le couloir, en levant le doigt, qu’elle sorte de sa conversation. Sauf qu’une petite fille de 6 ans, ça ne prend pas trop de place. J’ai du attendre longtemps, en continuant à saigner du nez. Quand elle s’est retournée, hurlements (”quelle idiote!”) puis je me suis retrouvée traînée sous le robinet d’eau froide (de toutes façons, il n’y avait pas d’eau chaude à l’école). Je crois bien qu’il a fallu que je nettoie les gouttes de sang répandues un peu partout (cahier, table, couloir)…
Rien à voir avec ma classe de CP actuelle.
Jamais un élève ne penserait à ne pas interrompre l’adulte qui parle. Au moindre bobo, ils couinent. Certes, parfois, il faut agir vite, mais c’est si rare! Quand un adulte passe dans la classe pour une info urgente, ils ne se taisent pas, ben non, ils parlent plus fort encore. Ils sont même capables de te demander de leur faire un lacet alors que tu ramasses le vomi d’un autre. Egocentrisme.
Les élèves ne regardent pas les lignes et les modèles d’écriture, et écrivent n’importe comment, font des petits dessins sur la couverture… et puis si une coccinelle arrive, soit ils hurlent (de peur, de joie), soit ils l’écrasent…
On est à l’opposé.
C’était mieux avant.
C’est mieux maintenant.
Où est le juste milieu?